Socialiste ou Communiste ? Qui suis-je ?

Souvent, lorsque je discute avec certaines personnes, on a tendance à me pointer du doigt en concluant avec les mots « Ah, mais toi, Simon, t’es qu’un communiste ».

Quand cette situation m’arrive, deux aspects m’interpellent. Le premier, le plus logique, forcément, je m’interroge sur ma propre identité. Suis-je communiste ? Grande et épineuse question, elle mérite bien de conclure ce billet. J’y reviendrais donc.
Procédons logiquement. Avant le fond, intéressons-nous à la forme.
Ainsi, pourquoi mes interlocuteurs voudraient-ils tant m’étiqueter ? Moi, commençant le débat sur un pied d’égalité, sans aucune autre prétention que de refaire le monde autour d’effluves d’alcool, je me retrouve en quelques mots étiqueté, tatoué, marqué — on peut ici le dire — au fer rouge.
Pourquoi lorsque je l’ouvre, faudrait-il, dans le même temps, que je me rallie, m’affilie, m’aligne ? Pourquoi veulent-ils tant une « autre » personne que moi pour débattre ?

J’ai la sensation qu’en me définissant comme étant un atome parmi d’autres d’un corps idéologiquement constitué, par autodéfense, ces personnes tentent d’instituer une asymétrie. En brisant le pied d’égalité sur lequel nous tenions solidement, le résultat du débat ne peut que s’évaporer. Je crois viscéralement qu’on ne se convainc radicalement qu’entre citoyens. L’égalité, dans un débat, est un préalable.
Ainsi en étant membre d’un parti, d’un camp idéologique précis et identifié, face à eux, ce n’est plus un simple citoyen qui partage ses idées, ses réflexions, son vécu.
Non, en face d’eux, ce serait un propagandiste, un homme qui dirait chaque mot à des fins précises et calculées, oubliant de ce fait que celui-ci vit justement dans le même monde qu’eux, partagent les mêmes problèmes et est rempli de doute.
Le doute, justement, j’ai le sentiment que cette posture est là pour l’écarter, l’étrangler et le rayer avant même qu’il naisse et se déploie.
Mais c’est du doute que nait la vérité ! C’est par le doute que la lumière s’allume et l’obscurité de l’ignorance s’éteint. C’est du doute que la conquête des idées débute et c’est par le doute que la route du progrès ne cesse de continuer.
Or, en nous affligeant cette injonction, ils réussissent à créer une inégalité malveillante dans le débat. Inégalité qui retire à tous nos arguments la force de créer ce fameux doute. Une phrase, c’est fini. Le jour, Sganarelle pourra continuer à porter le costume du médecin. La nuit, c’est tout ce qui nous resterait pour rêver.

J’en reviens au contenu de l’injonction. Je serais donc communiste. Au début, je m’en défendais, j’avais tendance à répondre non, à évoquer mon histoire, l’histoire de ma famille socialiste. Malgré mes efforts, je peinais à convaincre. Mes arguments ne résonnèrent pas. J’y m’étais pourtant de la voix. Anecdote historique, grandes références, tout y passait, mais à chaque fois, je finissais par confondre et l’un des qualificatifs venait remplacer naturellement l’autre. Socialisme pour communisme, communisme pour socialisme, la substitution ne brisait jamais l’équilibre de mon raisonnement. Ils semblent peser le même poids.
Exception qui, dans la langue française où chaque mot à un sens précis, ne peut être un hasard.

Socialisme, Communisme, en entendant ces mots, c’est le même idéal qui se dessine devant mes yeux. Je vois un monde qui s’est libéré de la contrainte matérielle et de l’oppression capitaliste.
Socialisme et communisme, les deux se définissent d’abord par la rupture avec ce système capitaliste.
Les deux souhaitent mettre fin à un régime économiquement et humainement injuste. Ce système inique ne cesse de produire des biens sans aucune qualité et ne répondant à aucun des besoins précis de la population.
La concurrence libre et non faussée ne cesse de disperser et d’annihiler tant de forces et de vies qui, si elles étaient coordonnées et misent en commun autour de l’intérêt général, pourraient « rallumer les étoiles » comme le professait Jaurès.
La surproduction de bien invendable entraine des crises économiques à répétition ne trouvant salut que par des guerres toujours plus destructrices en capitaux comme en être humains.
Et je n’évoque même pas de la violence que doit subir la terre pour permettre au système de créer ces biens futiles en grand nombre. Biens dont on étudie et provoque l’obsolescence par le travail intellectuel d’ingénieurs et par un matraquage publicitaire incessant.

Socialisme et Communisme ont l’ambition commune de venir se substituer à ce système fou pour construire, pas à pas, un monde où la guerre économique ne précède plus la guerre des hommes alors devenue inutile. Tous les deux, ils veulent conclure en beauté la Révolution française en donnant vie et force à la maxime Liberté, Égalité, Fraternité. C’est justement par ces ferments que socialisme et communisme veulent et pensent entrainer l’humanité dans une course merveilleuse à la création, à la conquête du savoir, à la victoire de la solidarité.

Ils veulent, l’un comme l’autre, libérer l’humain de la contrainte du travail. Les machines peuvent pour la première fois nous permettre de réduire drastiquement le temps de labeur tout en répondant aux besoins biologiques de l’homme. Et par cette libération biologique et temporelle, l’humain peut enfin assouvir d’autres besoins, les besoins nobles de l’esprit. Socialisme et Communisme portent tous deux le postulat de l’égalité entre tous les femmes et les hommes. Ils ont l’intuition profonde, la formidable inspiration que chaque être humain puisse être créateur, puisse devenir un artiste de son monde, un artisan de la grandeur de l’humanité.

Liberté, égalité, fraternité, ces mots raisonnent dans le coeur des socialistes et des communistes. Ils résonnent au fond du mien. Mon coeur bat à ce rythme ternaire. Je ne sais pas qui tient la baguette de chef d’orchestre, socialiste ou communiste. Mais j’entends la musique. J’entends des notes, des cris d’espoir et des rêves qui montent dès qu’un citoyen dit, crie et exprime fièrement l’un de ces deux mots.
Comme Jaurès, comme avant le congrès de Tour, je ne vois pas de différence dans notre idéal. Appelez-moi communiste, appelez-moi socialiste. Moi, ça me va. Au moins, c’est l’occasion d’évoquer le monde que nous méritons.

Le livre Une année derrière mélenchon

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7 réflexions sur “Socialiste ou Communiste ? Qui suis-je ?

  1. J’aime beaucoup tes bulletins, merci, et celui-ci en particulier qui m’a aidé à réfléchir sur mon opinion personnelle. A+ :p

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